Interview Hamlet Machine : "Le Webcomic est plus paritaire"

Hamlet Machine : boy's love gay comics by an american girl

Avec son feuilleton Starfighter, la jeune dessinatrice newyorkaise Hamlet Machine a prouvé que le boy's love occidental avait de l'avenir. Diffusé sur internet depuis 2008, son récit compte déjà plus d'une centaine de pages et des milliers de fans à travers le web.

Pourquoi avoir choisi "Hamlet Machine" comme pseudonyme ?

Il y a des années, une de mes amies m'a parlé d'une mise en scène qu'elle avait vu de Hamlet Machine, la pièce d'Heiner Müller. Entendre ces deux mots s'entrechoquer a provoqué dans mon cerveau une explosion de plaisir. Je suis une grande amatrice de Shakespeare et de robots, donc j'ai gardé cette association en tête : ça incarne parfaitement tout ce que j'aime.

Qu'est-ce qui vous a inspiré pour écrire Starfighter ?

Depuis quelques temps, je jouais avec l'idée de mettre en scène en deux personnages dans un environnement militaire, mais ce n'était qu'une vague idée jusqu'à ce que Kippery, une bonne amie de Deviant Art me suggère de lui dessiner des mecs sexy. J'ai décidé de répondre à sa requête en explorant des idées de character design, et voilà ce que ça a donné. J'adore la science-fiction, j'adore l'érotisme, les pièces du puzzle se sont assemblées pour ainsi dire toutes seules.

Quels sont les travaux qui vous ont le plus influencé ?

Pour la science-fiction, visuellement du moins, Star Wars et Star Trek sont de grandes influences. J'aime aussi énormément AlienSolarisTerminator 2, et Robocop. Côté Boy's Love, j'apprécie particulièrement les récits d'Uki Ogasawaraou encore Sex Pistols de Tarako Kotobuki. En ce moment, je suis très inspirée par mes amis rencontrés sur internet. De manière générale, j'aime bien les dessins un peu sombres, comme ceux de Tsutomu Nihei (Blame, Noise), Yoshitaka Amano (Final Fantasy, Vampire Hunter D), H.R.Giger ou Gustave Doré. J'aime les constrastes forts entre le noir et le blanc.

J'ai le sentiment que Abel ne va pas rester longtemps dominé par Cain. Est-ce que j'ai tort de supposer que ça va mal tourner ?

Aha... personnellement, j'essaie d'éviter de réduire mes personnages à des archétypes. Je ne veux pas lire les personnages comme “actif” ou “passif”, ces concepts me sont un peu étrangers. Pour répondre à votre question, le personnage d'Abel va connaître des changements au cours de l'histoire... comme celui de Cain !

Il va donc y avoir un retournement dans leur relation... et dans leur comportement sexuel ?

Absolument.

Vous avez contribué à Nice Guts, une anthologie de bandes dessinées inspirées par le genre ero-guro (gore érotique). Qu'en est-il ?

J'ai publié une histoire intitulée Devil's Garden. Même si je ne fais pas souvent de dessins gores, je voulais vraiment participer à cette anthologie : je suis une grande fan des artistes qui appartiennent à ce cercle ! Ce sont des stars pour moi : c'était une grande opportunité de collaborer sur un projet avec des artistes que j'admire.

Le graphisme de votre site et de votre livre sont très inspirés. Êtes-vous une graphiste professionnelle ?

Je suis en charge des graphismes d'une émission pour enfants, je conçois des petites choses mignonnes sur Photoshop toute la journée ! Je ne dessine donc pas vraiment dans mon travail, mais c'est mon rêve de poursuivre ma carrière dans le comics.

Malgré le dynamisme et l'aisance que vous démontrez dans vos croquis, ou dans l'usage des couleurs, votre bande dessinée est relativement conservatrice graphiquement, et narrativement.

J'ai étudié le dessin animé à l'université, je pense donc que ma bande dessinée est conçue comme un storyboard. Je favorise des formats simples et horizontaux, ça facilite la visualisation de l'action et du récit. C'est peut-être très amateur de ma part ! (rires) Mon but premier , c'est la lisibilité : c'est très important pour moi que le déroulement des évènements et l'espace soient compris, même si je lutte parfois pour y parvenir.

Avez-vous considéré utiliser moins de détails comme certains auteurs pour dessiner plus vite, ou est-ce que c'est crucial pour vous d'avoir des images solides, avec des ombres et des lumières sophistiquées, etc ?

J'essaie de travailler chaque case jusqu'à être satisfaite du résultat ; je ne m'imagine pas réaliser ma bande dessinée autrement !

Le côté un peu pointu de votre dessin me fait clairement penser à Tsuta Suzuki.

C'est très gentil de votre part, merci ! J'apprécie beaucoup son travail, c'est vrai. J'aime particulièrement son style graphique et sa façon d'exprimer les émotions.

Vous êtes une sensation sur internet, vous n'êtes toujours pas signée par un éditeur, pas traduite... Pour quelles raisons ?

Haha, je ne suis pas certaine de savoir comment répondre à ça ! Je ne peux pas dire que j'ai activement recherché un éditeur... Il m'a semblé que l'auto-publication était la meilleure option, à fortiori pour un webcomic. Le climat général semble aller dans ce sens d'ailleurs.

Est-ce que l'auto-publication marche bien pour vous ? Combien de livres avez-vous écoulé jusqu'à maintenant ?

Ça m'a plutôt bien réussi jusqu'à maintenant ! C'est un peu stressant, mais en fin de compte, ça vaut le coup. Concernant les chiffres de ventes, j'aime les garder pour moi... à moins d'avoir bu quelques verres de trop ! (rires)

Comment voyez-vous le marché américain dans son ensemble, notamment le déclin des comics de supers héros, et les difficultés des éditeurs de manga ?

Starfighter est mon premier webcomic, et même si je suis une lectrice occasionnelle de comics... et une fan intense de manga, je ne suis pas très au courant des pratiques de lectures américaines ! Ceci dit, mon expérience me fait penser que le webcomic donne la possibilité à des dessinatrices de s'exposer bien mieux que sur le marché traditionnel. La quasi-totalité des webcomic que je suis sont le fait de femmes... c'est très inspirant !

Pensez-vous que les éditeurs américains ne sont pas assez ouverts aux bandes dessinées féminines ?

Je ne suis pas vraiment familière avec l'industrie du comics, mais d'expérience, le webcomic est effectivement plus paritaire.

La fin de Starfighter est déjà prévue ou est-ce que vous improvisez un chapitre à la fois ? Vous avez un planning pour les updates ?

Je ne peux avancer que le soir, après le travail ou les weekends, donc je poste quand je le peux ! Dès que j'ai une page finie, je la mets en ligne ! L'histoire est déjà balisée, mais je me concentre sur chaque chapitre pour ne pas me laisser submergée. Je travaille seule sur la bande dessinée, je dois donc bien concentrer mes efforts.